Amazon lance sa marketplace de contenu pour les IA
Amazon construit une plateforme où les éditeurs pourront vendre leurs articles aux entreprises qui développent des intelligences artificielles. L’annonce a été faite lors d’une conférence AWS en février 2026. Cette marketplace s’intègre à l’écosystème cloud d’Amazon et positionne le géant comme intermédiaire entre créateurs de contenu et développeurs d’IA. Microsoft a lancé son propre système une semaine avant.
Ce qu’il faut retenir
- Amazon crée un marché centralisé : La plateforme s’intègre à Bedrock (le service IA d’Amazon) et QuickSight. Les éditeurs mettent leurs contenus en vente, les entreprises d’IA achètent, Amazon prélève sa commission.
- Microsoft a frappé en premier : Le Publisher Content Marketplace de Microsoft est opérationnel depuis le 3 février. Il permet aux éditeurs de fixer leurs propres conditions de licence.
- Amazon paie déjà gros : Plus de 20 millions de dollars par an au New York Times pour alimenter ses modèles d’IA et la nouvelle version d’Alexa, qui intègre du contenu de plus de 200 médias.
- Les tarifs font débat : Les éditeurs veulent une facturation proportionnelle à l’usage. Plus une IA utilise un article pour générer des réponses, plus ça rapporte. Mais ce modèle pourrait fragiliser les petits médias face aux grands groupes de presse.
Comment Amazon transforme l’accès aux données d’entraînement
Pendant des années, les entreprises d’IA ont aspiré gratuitement le contenu des médias pour entraîner leurs modèles. Cette époque touche à sa fin.
Amazon prépare une place de marché intégrée à AWS où les éditeurs proposeront leurs archives et bases de données dans un cadre contractuel défini. L’avantage pour Amazon ? Une commission sur chaque transaction.
Le concept casse les codes. Avant, un média devait négocier individuellement avec chaque startup ou grand groupe tech qui voulait utiliser ses articles. Désormais, tout passe par une plateforme commune. Les éditeurs fixent leurs offres. Les acheteurs d’IA piochent ce dont ils ont besoin. Amazon encaisse son pourcentage au passage.
Sur la tarification, la bataille fait rage. Les éditeurs réclament des tarifs basés sur l’usage réel du contenu par les IA. Pas de forfait fixe. Logique : pourquoi un journal local de 50 000 lecteurs accepterait le même prix que l’Associated Press ? Réponse : il ne l’accepte pas.
Amazon a déjà rodé le système. Les accords avec le New York Times ont ouvert la voie. La version gratuite d’Alexa+ intègre maintenant du contenu sous licence de plus de 200 médias. La différence ? Amazon industrialise ce qui était négocié au cas par cas.
Microsoft débarque avec son propre système
Amazon n’a pas le monopole. Microsoft a lancé son Publisher Content Marketplace le 3 février, une semaine avant que le projet d’Amazon ne soit dévoilé.
La plateforme Microsoft a été développée avec l’Associated Press, Condé Nast, Hearst, Vox Media et USA Today. Elle donne aux éditeurs un contrôle direct sur les conditions de licence. Un avantage que le système Amazon ne semble pas offrir avec la même souplesse.
Résultat ? Les deux géants du cloud se battent pour devenir l’équivalent des app stores, mais pour le contenu destiné aux IA. Yahoo est pour l’instant le seul acheteur public identifié côté Microsoft. Le système alimente Copilot, l’assistant IA de Microsoft, qui intègre du contenu sous licence dans ses réponses.
Cette course dépasse le simple business. Contrôler l’accès aux données signifie contrôler l’entraînement des modèles d’IA. Et dominer l’entraînement, c’est dominer le marché de l’IA générative.
Pourquoi les médias acceptent finalement de jouer
Dix ans de batailles juridiques avec Google, YouTube et les réseaux sociaux ont rendu les éditeurs pragmatiques. La réalité est brutale : les résumés générés par les IA réduisent le trafic vers les sites de presse. Moins de visites égale moins de revenus publicitaires.
Si on ne peut pas bloquer l’IA, autant la monétiser.
Une plateforme centralisée offre aussi une alternative stratégique aux médias de taille modeste. Le Monde négocie directement avec OpenAI. Mais une gazette locale ? Elle n’a pas les moyens de monter une équipe juridique pour discuter avec chaque startup d’IA. Une marketplace AWS ou Microsoft fait ce travail pour elle.
Reste la question de l’équité. Les petits éditeurs peuvent accéder à des clients qu’ils ne toucheraient jamais seuls. Mais si Amazon ou Microsoft imposent des commissions opaques ou des conditions rigides, ces plateformes risquent d’enterrer ceux qu’elles prétendent aider.
Ce que ça change pour vous
Cette nouvelle donne transforme trois catégories de professionnels.
Les rédacteurs freelances et agences : Si le contenu passe par ces marketplaces, les règles de rémunération évoluent. Le coût d’acquisition de contenu de qualité pourrait grimper à mesure que les éditeurs réclament des tarifs équitables.
Les PME éditoriales : Une plateforme centralisée peut sauver ou couler un petit média. Elle le sauve si la redistribution est honnête et si elle ouvre l’accès à des clients inaccessibles autrement. Elle le coule si les conditions deviennent opaques ou les commissions trop lourdes.
Les marketeurs utilisant l’IA : Vos coûts de licensing pourraient augmenter. Mais en contrepartie, vous aurez un accès légal et formalisé à du contenu documenté, sans risque juridique.
Au-delà des acteurs directs, ce mouvement formalise un marché de la donnée pour l’IA. Jusqu’ici, ce marché existait de façon informelle, gratuite et à la limite de la légalité. Les gouvernements, notamment en Europe, réclament une rémunération juste des créateurs pour l’entraînement des modèles. Ces marketplaces y répondent partiellement.
Mais elles risquent aussi de consolider le pouvoir d’Amazon et Microsoft, qui deviennent incontournables pour accéder aux contenus créés par des humains. La vraie question n’est pas de choisir entre Amazon ou Microsoft. Elle porte sur le modèle économique dominant pour la chaîne de valeur de l’IA. Un modèle où la donnée créative reste visible, traçable et rémunérée ? Ou un modèle opaque où les algorithmes digèrent silencieusement le travail des créateurs ?
Pour l’instant, ces marketplaces penchent vers la première option. Mais la commission prélevée et l’absence d’équité tarifaire pour les petits éditeurs suggèrent que le pouvoir s’accumule toujours du même côté.
Si vous voulez échanger sur l’impact de ces évolutions pour votre activité ou anticiper les changements à venir, échangez avec nous.
Questions pratiques :
Comment Amazon prélève sa commission sur cette plateforme ?
Amazon n’a pas communiqué les taux exacts, mais le modèle repose sur une commission prélevée lors de chaque transaction entre éditeur et acheteur d’IA.
Quelle différence entre l’approche Amazon et celle de Microsoft ?
Microsoft laisse plus de contrôle aux éditeurs sur la fixation des tarifs et des conditions. Amazon intègre la plateforme à ses services Bedrock et QuickSight, centralisant davantage le processus.
Les petits éditeurs gagneront-ils avec Amazon qui propose aux médias de vendre du contenu aux entreprises d’IA ?
En théorie oui, car une plateforme centralisée les rend accessibles aux entreprises d’IA sans négociation individuelle. Mais la réalité dépend des commissions, des tarifs de marché et de la concentration du pouvoir d’achat dans l’IA.







